ESPAGNE - L’ère franquiste


ESPAGNE - L’ère franquiste
ESPAGNE - L’ère franquiste

L’Espagne apparaît comme le prototype des nations européennes longtemps vouées à une sorte de fatalité autoritaire, et le régime franquiste comme le symbole de l’autoritarisme moderne en Europe. Pourtant, si la guerre d’Espagne a suscité des études nombreuses et approfondies, et si elle a pris une sorte de valeur universelle, la dictature issue de ce conflit n’a guère retenu l’attention que comme objet d’anathème. Le principe de la condamnation de ce régime étant acquis, il reste à en cerner les contenus et facettes multiples, à commencer par les facteurs qui peuvent expliquer la singulière longévité – trente-neuf années – de l’ère franquiste.

1. Les origines lointaines d’une dictature

Il ne s’agit pas de revenir sur le déroulement même de la guerre civile. Il va de soi que la dictature franquiste procède du soulèvement militaire du 18 juillet 1936, et qu’elle s’identifie plus directement au général Franco à partir du 1er octobre de la même année, lorsque le Caudillo s’arroge le titre de chef de l’État. Mais ce constat n’épuise pas l’essentiel, qui touche au conditionnement profond de la dynamique autoritaire incarnée par Franco.

Les effets du retard économique

Pour Lénine, la politique n’est que «de l’économie concentrée». L’idée est fausse sous cette forme tranchée. Relativisée, elle introduit l’une des dimensions de la singularité politique de l’Espagne. Dans l’Europe du Nord et de l’Ouest, la naissance des régimes parlementaires qui préfigurent les gouvernements démocratiques reflète l’émergence d’une nouvelle élite économique puis politique – la fameuse bourgeoisie – capable de ravir le pouvoir à des élites plus anciennes. Systématiquement, le développement agricole, puis industriel, y assure plus que subsidiairement le bien-être croissant des masses. Dans cette perspective, il apparaît que, si l’industrialisation réussie entraîne la protestation ouvrière et la radicalisation politique, elle contient en même temps l’antidote d’une contestation trop violente des prolétaires qu’elle libère peu à peu de leur misère séculaire. La conjonction de ces deux aspects de la révolution capitaliste induit, en somme, le mariage possible de l’élitisme parlementaire et du suffrage universel, par-delà le progrès de la démocratie.

Or, les conditions de ce progrès ne se trouvent pas réunies en Espagne avant la seconde moitié du siècle présent. En 1936 encore, ce pays se caractérise toujours – par rapport à l’Europe occidentale et septentrionale – par un retard économique considérable. Retard qui revêt deux visages. D’une part, l’Espagne rate à la fin du siècle dernier sa révolution industrielle au sens propre. Si l’industrie textile est à sa mesure et permet la consolidation d’un îlot économique moderne en Catalogne, l’essor de l’industrie lourde – sidérurgie en particulier – y est freiné par l’étroitesse de son marché et le réflexe malthusien des détenteurs de capitaux. De la sorte, nulle classe dirigeante véritablement nouvelle et conquérante sur le plan politique n’y émerge à l’échelle nationale, pour se transformer en ferment d’un parlementarisme authentique. Ou plutôt, cette classe libérale se circonscrit-elle aux rares régions périphériques modernisées au niveau de l’économie que sont la Catalogne et le Pays basque. D’où le conflit potentiel, puis manifeste, qui se déclenche entre le pouvoir politique madrilène, crispé sur les attributs d’un centralisme étatique débile, et le pouvoir économique basco-catalan. Conflit qui débouche sur la revendication autonomiste de ces deux provinces, sur l’affirmation de leur identité démocratique particulière à l’échelon local, mais assez indifférente à l’avenir de la démocratie dans l’ensemble du pays.

La question agraire

D’autre part, cet échec industriel va de pair avec la persistance d’une structure agraire archaïque et socialement pernicieuse dans la majeure partie du territoire national. Certes, l’Espagne connaît pendant la première moitié du XIXe siècle une espèce de réforme agraire – le «désamortissement» – apparentée à la redistribution foncière opérée en France pendant la Révolution, avec la vente à d’autres propriétaires des domaines ecclésiastiques, nobiliaires et communaux. Mais ce bouleversement n’est que façade. Il ne s’accompagne ni d’une diffusion réelle de la petite ou moyenne propriété paysanne, ni de la formation à un niveau suffisant d’une catégorie de grands entrepreneurs agricoles modernes, capables par la suite d’alimenter par leurs initiatives et leurs investissements la croissance industrielle. En réalité, les immenses domaines de la noblesse ne changent guère de main. De leur côté, ceux de l’Église sont accaparés au même titre que les terrains communaux par une bourgeoisie dont l’idéal consiste à vivre aussi paisiblement que possible de la rente foncière.

Ce mécanisme n’explique pas seulement la carence de l’élite bourgeoise en Espagne, son incapacité à acquérir la suprématie matérielle qui lui aurait permis de se saisir du pouvoir et d’enraciner un parlementarisme prédémocratique. Elle explique corollairement l’aggravation redoutable de la menace paysanne dans les zones latifundiaires de Castille, d’Andalousie et d’Estrémadure. Déjà misérables avant le désamortissement, les masses rurales voient leur sort empirer en vertu de la concentration foncière renforcée par cette mesure. En conséquence, l’état de révolte endémique de la paysannerie espagnole se développe jusqu’à la Première Guerre mondiale, état de révolte qui entraîne d’abord des soulèvements armés extrêmement violents dans les provinces du Sud, ensuite la diffusion de l’anarchisme comme expression politique privilégiée du prolétariat des campagnes, puis des villes touchées par l’exode rural. En effet, le retard économique ne réduit pas l’attrait du mirage urbain sur les paysans. En revanche, il rend vain l’espoir d’apaisement social justifié ailleurs par l’issue industrielle. Dès lors, la pierre d’achoppement de l’édification, en Espagne, d’un régime parlementaire porteur d’un devenir démocratique ne tient pas uniquement à l’inadaptation de la classe politique. Elle relève également de ce que le développement d’une pratique honnête du suffrage universel semble comporter le risque d’un déferlement populaire irrépressible, d’une vengeance apocalyptique des paysans sans lopin et des ouvriers sans travail, exaltés par l’idéal libertaire d’une société sans propriétaire, sans État et sans autre religion que l’anarchisme des damnés de la terre.

Le parlementarisme comme fiction

De façon paradoxale à première vue, ce substrat ne fait pas obstacle, à la fin du XIXe siècle, à la naissance d’un gouvernement de style parlementaire. Arbitre direct du jeu politique jusqu’en 1876, l’armée se trouve reléguée alors en position de réserve, laissant la prééminence au pouvoir civil. Mais ce régime parlementaire n’est que fiction, simulation païenne de l’orthodoxie libérale en vigueur en Angleterre ou en France. La classe politique, renouvelée, qui prend figure à partir de ce moment, recouvre une coalition disparate des intérêts terriens de l’Espagne traditionnelle et des intérêts financiers de l’Espagne modernisée. Pour elle, le parlementarisme ne représente qu’une procédure de conciliation au sommet entre les leaders de ses diverses fractions. Mais si ces procédures s’intègrent quant à la forme dans une monarchie constitutionnelle et représentative, elles contredisent, en fait, la dynamique d’élargissement de la participation politique, ailleurs caractéristique des régimes électifs. À l’inverse, les artisans du simulacre parlementaire espagnol se préoccupent, avant toute chose, de se prémunir par tous les moyens contre les aléas d’un suffrage universel instauré à la lettre dans les années 1880. Ils n’imaginent pas un instant que le parlementarisme puisse jouer un rôle d’amortisseur de l’évolution démocratique, qu’il ne peut que se discréditer s’il n’apparaît que comme le rempart d’une oligarchie.

Ainsi, l’expérience parlementaire des années 1876-1923 équivaut pour les masses à une démonstration systématique de la fraude électorale et de la corruption des mœurs politiques. De plus, elle ne s’accompagne même pas de la manifestation d’une qualité quelque peu édifiante des débats parlementaires, vidés de leur substance par les combinaisons secrètes des chefs de parti. Ces vices profonds entraînent l’abstention des électeurs conscients de ce que les scrutins ne sont qu’une parodie. Plus largement, ils privent le parlementarisme de sa légitimité démocratique aux yeux des masses; dans le même temps, ils font obstacle à l’apprentissage politique d’une élite démocratique et à la naissance d’un système de partis donnant leur place réelle aux courants populaires. Dans ce contexte, la dictature exercée de 1923 à 1930 par le général Primo de Rivera ne fait – aux yeux de la grande majorité des Espagnols – que tirer la conclusion de l’usure d’un parlementarisme perverti. Dans ce contexte également, la parenthèse républicaine des années 1931-1936 est trop brève pour porter remède au handicap démocratique de l’Espagne. La crainte du déferlement populaire ne s’est pas estompée chez les modérés ou les nantis, tandis que les dirigeants républicains ne peuvent éviter ni les concessions verbales à l’idéalisme révolutionnaire du prolétariat, ni la faiblesse réelle devant les désordres qu’il provoque en 1936.

2. Bases socio-politiques et orientations idéologiques

L’image selon laquelle l’État franquiste procéderait de l’affrontement de deux fractions inconciliables de la nation espagnole n’est donc pas inexacte. C’est pourquoi on contreviendra ici à l’usage courant qui consiste à examiner au préalable les institutions d’un régime pour situer d’abord le spectre politique de la «nation franquiste».

L’armée

L’armée est à l’origine même de la dictature du général Franco, et demeure jusqu’à la fin son pilier central. Les généraux insurgés en juillet 1936 optent d’abord pour un gouvernement militaire collégial dont la présidence revient à l’aîné d’entre eux, le général Cabanellas. Deux mois plus tard, si leur quête d’un chef unique et plus prestigieux les conduit à faire appel à Francisco Franco, ils entendent que le mandat qui lui est confié le 29 septembre ne le soit qu’à titre provisoire, qu’il se limite aux fonctions de chef du gouvernement. D’où l’équivoque fondamentale créée par le décret du 1er octobre 1936 et la loi du 8 août 1939, dans lesquels le Caudillo s’autoproclame chef de l’État pour la durée de la guerre, puis se confirme ce titre à vie.

Pourtant, ces manières de révolution de palais ne lui aliènent pas l’appui de l’armée. D’une part, les chefs militaires sont divisés dans leurs orientations politiques. Si la plupart sont royalistes, les uns demeurent fidèles à une conception légitimiste d’un autre âge, le carlisme, tandis que d’autres souhaitent la restauration d’Alphonse XIII et d’une monarchie de style plus actuel. De plus, nombreux sont également les officiers liés à l’extrême droite de tendance fasciste, très hostiles aux précédents, ainsi que les militaires républicains rebelles au gouvernement issu du Front populaire, mais préoccupés seulement de la restauration d’un régime d’ordre légaliste. Par son habileté à ménager les susceptibilités de ces différents courants sans en laisser prévaloir aucun, Franco parvient à s’ériger non seulement en dictateur providentiel du nouvel État, mais en arbitre indispensable de l’armée elle-même.

Rassurée quant au maintien de son unité, satisfaite d’être enfin menée à la victoire après les humiliantes défaites de la guerre de Cuba et du Maroc, comblée de se voir reconnaître à nouveau la suprématie dans l’appareil de l’État, l’armée accepte de voir Franco assumer cette prééminence en son nom. Confortée dans son idée d’être la garante et l’expression primordiale de la cohésion nationale, elle comprend que le souci de préserver ce rang doit l’empêcher de contester ouvertement le pouvoir du Caudillo. Dans cette perspective, le franquisme apparaît tout à la fois comme une dictature militaire et comme le plus civil des régimes que l’Espagne ait connus depuis le XIXe siècle, dans la mesure où la présence de très nombreux généraux dans les gouvernements du général Franco va de pair avec une discipline quasi totale de l’armée sur le plan politique.

L’Église

Mais sans doute l’armée n’apporte-t-elle au régime franquiste que le renfort de la force brute, ou ne contribue-t-elle qu’à l’une de ses composantes idéologiques: celle qui touche à l’exaltation de l’unité nationale et à la condamnation absolue des séparatismes basque et catalan. Pour l’essentiel, cependant, la doctrine de l’«État nouveau» instauré à partir de 1936 procède de l’Église, au point que le franquisme apparaît comme un national-catholicisme bien plus que comme un avatar ibérique du fascisme européen.

Pourtant, si la plus grande partie du clergé et des masses catholiques se rallie d’enthousiasme au soulèvement militaire, l’attitude de la hiérarchie ecclésiastique et du Vatican demeure ambiguë. C’est que, au début, l’Église entend négocier chèrement sa reconnaissance explicite de la dictature, qu’elle est gênée aussi par le problème créé par la fidélité des catholiques basques à la République. C’est, ensuite, qu’elle veut non seulement voir rétablir ses privilèges passés touchant au retour au caractère confessionnel de l’État, à la suppression du divorce, à son monopole de fait sur l’enseignement secondaire, mais qu’elle ambitionne également de mettre l’épisode franquiste à profit pour opérer la reconquête des masses populaires devenues rebelles à son influence. D’où, après le satisfecit appuyé donné le 1er juillet 1937 par les évêques espagnols à Franco, les conflits d’abord mineurs qui surgissent entre l’autorité ecclésiastique et le pouvoir, s’agissant de la censure de la presse, du statut des organisations étudiantes et ouvrières, et toujours de l’enseignement. D’où encore, à partir de 1965, la détérioration profonde des relations Église-État, qui débouche sur la rupture postconciliaire, sur les arrestations de prêtres, sur la participation décisive des militants catholiques à l’opposition modérée puis ouvrière.

Mais l’opportunité de ce retournement final ne contrevient pas à l’essentiel. D’une part, à l’emprunt par le régime franquiste des principes du corporatisme catholique comme fondement doctrinal du syndicat unique et d’un système représentatif excluant les partis au profit d’une structuration électorale familiale et professionnelle. D’autre part, à l’entrée d’un nombre imposant de catholiques dans l’appareil du pouvoir et à la caution qu’ils lui apportent par là, qu’il s’agisse des prélats figurant de droit – jusqu’en 1975 – dans les assemblées du régime, des ministres réputés «catholiques» présents dans tous les gouvernements, ou des personnages de moindre rang participant également à l’exercice de l’autorité. Représentants officieux du catholicisme qui, dans le cas des ministres et des «ministrables» en particulier, s’organisent dans ces substituts de partis que sont les coteries confessionnelles issues dans un premier temps de l’Action catholique, et marquées dans un second temps par la présence de membres de l’Opus Dei.

La Phalange

L’existence de ces coteries confessionnelles ne contredit que superficiellement la logique de parti unique dont se réclame jusqu’au bout l’État franquiste. Mais si la Phalange représente une concession au style totalitaire et fasciste de la fin des années trente, elle ne correspond pas pour autant à un courant politique prédominant, encore moins à une force sociale.

En réalité, les phalangistes et autres adeptes des petits groupes fascistes d’avant 1936 ne sont que des trublions habiles à l’exercice de la violence anticommuniste, ou des intellectuels parfois doués, mais de statut marginal. La guerre leur permet d’assouvir leurs rancunes sur les arrières du front quand les militaires le tolèrent. Elle leur procure aussi l’avantage d’attirer des centaines de milliers d’adhérents, dont beaucoup conçoivent leur carte de fasciste patenté comme un blanc-seing contre la répression. Soucieux de parer son pouvoir personnel du label d’un parti unificateur, préoccupé aussi de canaliser les bonnes volontés dans le cadre d’une organisation politique contrôlée directement par l’État, le général Franco découvre alors les mérites du plus notoire de ces rassemblements, qui est précisément la Phalange.

Mais le monopole politique octroyé à celle-ci par le décret d’unification du 19 avril 1937 la condamne en fait à l’impuissance. La Phalange promue au rang de parti unique par la grâce de Franco n’est pas seulement le hâvre offert aux ardeurs politiques tout à la fois anticommunistes et relativement laïcisantes des petits-bourgeois fascistes. Elle constitue dorénavant l’atelier idéologique officiel du régime, étant entendu que celui-ci doit produire une doctrine mêlant la condamnation du bolchevisme à un cléricalisme acceptable, ce qui est évidemment la source de désillusions amères pour les phalangistes anticléricaux de vieille obédience. De surcroît, la Phalange nouvelle devient le melting-pot de l’ensemble des secteurs conservateurs ou réactionnaires espagnols, des démocrates-chrétiens aux légitimistes carlistes, en passant par les monarchistes ordinaires, les nationalistes illuminés de toutes tendances et les phalangistes au sens strict. Loin d’être explosif, le cocktail annule chacune de ses composantes, conformément au dessein du Caudillo. Cela en dépit de velléités de révolte d’un appareil phalangiste qui rêve de voler de ses propres ailes, qui tente en 1940 et en 1941 d’investir la société par le biais du syndicalisme d’État, et qui reprend une dernière fois l’offensive entre 1953 et 1957, pour contrecarrer la percée victorieuse des monarchistes puis des technocrates catholiques. Mais la Phalange n’est plus alors que l’ombre d’un parti unique subalterne dès l’origine. Elle perd même son nom pour s’intituler plus sobrement Mouvement national après 1957. Les mauvais plaisants disaient que le terme de Mouvement faisait référence aux nombreux déplacements qu’effectuaient les responsables et les membres de leur famille dans des voitures de fonction...

Les appuis populaires

L’armée aussi bien que l’Église et la Phalange, à son niveau dérisoire dans les dernières années, représentent des éléments de l’ossature du franquisme plutôt que des milieux sociaux. Mais la référence à ces piliers du régime – selon l’expression consacrée à l’époque – ne doit pas faire négliger la considération des appuis plus diffus du régime dans la société espagnole. Le franquisme est populaire à sa manière. S’il va de soi que les ouvriers ne le soutiennent guère, que la majorité des Catalans et des Basques rejettent la dictature dès le premier jour, celle-ci ne bénéficie pas uniquement des sympathies naturelles des grands propriétaires terriens ou de la haute bourgeoisie industrielle et financière. Dès les premières semaines, également, les outrances anticléricales de la République puis le massacre, toléré par elle, de 6 000 prêtres et religieux font que la population de sensibilité catholique voie en Franco un sauveur. Par la suite, la dureté de la vie en zone demeurée républicaine jusqu’en 1939 induit le retournement politique d’une fraction complémentaire et non négligeable des classes moyennes. Enfin, l’amélioration spectaculaire du niveau de vie survenue en Espagne, à partir de 1960, se conjugue à l’oubli progressif des horreurs de la répression de 1936-1944 pour favoriser l’expression discrète d’une sorte de neutralité bienveillante de la majorité des Espagnols à l’endroit du régime franquiste, hors les îlots irréductibles de Catalogne et du Pays basque.

Ainsi, la dictature jouit dès l’origine d’un soutien massif chez les petits et moyens exploitants agricoles, de même que dans les classes moyennes castillanes, andalouses ou galiciennes. Le temps passant, elle acquiert en outre la sympathie tacite de catégories de population véritablement populaires, l’usure finale de sa légitimité résultant plus de la relève des générations marquées par la guerre civile que d’un revirement idéologique ou de l’action de l’opposition clandestine.

3. L’État franquiste

Même si les institutions d’un régime autoritaire revêtent en général moins d’importance pratique que celles d’un régime démocratique, on ne peut oublier totalement celles de l’État franquiste. Reste, toutefois, qu’il convient de distinguer à cet égard l’aspect édifiant représenté par l’agencement formel d’un pouvoir défini par une série de lois de catégorie constitutionnelle, de son aspect efficient lié longtemps à l’autorité absolue du général Franco.

L’édifice institutionnel

La loi du 8 août 1939 concentre tous les pouvoirs sur la personne du chef de l’État, y compris le pouvoir législatif et le pouvoir constituant. Par la suite, une série d’additions vient compléter l’édifice, afin de le rendre plus conforme au langage des démocraties triomphantes sans en modifier la nature autoritaire quant au fond.

Dès le 17 juillet 1942, une loi de rang constitutionnel restaure l’appellation de Cortes pour désigner la nouvelle assemblée corporatiste du régime, dont il n’est évidemment pas question qu’elle soit élue au suffrage universel, ni qu’elle excède son rôle de chambre d’acclamation. Après la victoire alliée, la loi du 22 octobre 1945 autorise le chef de l’État à faire approuver par référendum toute mesure qu’il souhaiterait revêtir des apparences de la légitimité populaire. Approuvée en vertu de cette procédure, la «loi de succession» du 26 juillet 1947 crée la catégorie des lois fondamentales du régime, à laquelle se trouvent rattachées les deux lois précédentes, et que doivent compléter d’autres textes de rang constitutionnel. Elle confirme simultanément que Franco exerce la magistrature suprême sans limitation de temps, précise les modalités de son remplacement pour le cas où il n’y aurait pas pourvu lui-même, affirme enfin le caractère monarchique de l’État espagnol. L’Espagne est un royaume sans roi, dont le Caudillo instaurera, quand il le jugera bon, la dynastie régnante.

Après une longue hésitation, la loi du 26 juillet 1957 apporte une retouche au système en distinguant les fonctions de chef de l’État et de chef du gouvernement, étant entendu que le général Franco continuera à cumuler ces fonctions aussi longtemps qu’il le voudra. Enfin, la loi organique de l’État promulguée le 10 janvier 1967 revoit le détail de certains mécanismes, notamment en ce qui concerne l’élection directe au suffrage universel dans les faits d’un tiers des membres des Cortes. «Tout étant lié et bien attaché», selon l’expression même de Franco, il ne lui reste plus qu’à se désigner un héritier présomptif. Ce qu’il fait au bénéfice du prince Juan Carlos de Bourbon le 23 juillet 1969. Le futur roi d’Espagne sera le petit-fils d’Alphonse XIII, détrôné en 1931. Toutefois, il devra sa légitimité non à l’hérédité dynastique, mais à l’investiture charismatique du Caudillo «par la grâce de Dieu».

Le dictateur

De la même façon que les droits politiques des Espagnols n’ont rien à voir avec les généreux principes énoncés dans la charte – de rang également constitutionnel – promulguée le 17 juillet 1945, l’investiture présomptive que Franco octroie à son successeur illustre en fait la réalité du pouvoir «franquiste», par-delà la lettre des lois fondamentales.

Franco gouverne de façon autocratique de 1936 à 1967, s’entourant de collaborateurs qui n’ont de responsabilité qu’envers lui, à commencer par les ministres. Après ce moment, le Caudillo vieillissant s’appuie davantage sur celui qu’on appellera son éminence grise: l’amiral Carrero Blanco, élevé à la vice-présidence du gouvernement de 1967 à 1973, et promu à sa présidence en juin 1973, six mois avant son assassinat. Toutefois, Franco ne délègue vraiment le pouvoir que cette dernière année, en faveur de l’amiral puis de son successeur à la tête du gouvernement, Carlos Arias Navarro.

Mais le plus remarquable est peut-être le style de son autorité longtemps absolue. Il n’y a nulle majesté chez Franco. Incontestable à un certain niveau d’habileté de manœuvre, son génie madré consiste à régir efficacement le jeu de balance entre les hommes dans lesquels se reconnaissent les forces conservatrices concurrentes, à choisir parmi eux ceux qui paraissent les plus dociles ou les mieux adaptés à la conjoncture politique, sans perdre pour autant leur qualité essentielle de mandataires d’un secteur donné. Une fois choisis, ces hommes élevés au rang de ministres n’ont guère que des rapports bilatéraux avec le Caudillo, qui leur transmet ses instructions plutôt qu’il ne leur demande d’élaborer une politique. Les Conseils des ministres, maintenus, ne constituent donc pas le lieu de discussion d’un cabinet véritable, leur rôle essentiel consistant seulement à permettre à Franco d’évaluer le «moral» de ses collaborateurs, ou de juger de leurs relations réciproques. Dans cette perspective, le franquisme n’est pas seulement un type de régime. Il désigne aussi un mode de pouvoir personnel, fondé sur l’arbitrage immobiliste exercé par un dictateur atypique, taciturne et distant entre des soutiens politiques concurrents mais condamnés à s’entendre.

4. Les phases du franquisme

Cet arbitrage tend, en définitive, à annuler les forces sur lesquelles il s’exerce en n’en laissant prévaloir aucune. La règle d’or du franquisme est son immobilisme, qui correspond d’ailleurs à l’exigence conservatrice de ses partisans aussi bien qu’au tempérament désabusé de son chef. Paradoxalement, pourtant, l’Espagne franquiste des dernières années n’a plus grand-chose de commun avec celle de 1939 ou de 1950, en ce qui concerne son articulation politique interne mais plus encore sa stratégie extérieure et – surtout – sa réalité matérielle et culturelle. Mais, plutôt que d’évolution, mieux vaut parler sans doute de phases de l’ère franquiste, obéissant chacune à la logique d’un environnement nouveau.

Velléités totalitaires et non-belligérance

La première de ces phases, qui couvre les années 1939-1944, tend souvent à caractériser l’ensemble du régime pour qui le réduit à un autoritarisme «fasciste», homologue des dictatures mussolinienne et hitlérienne. Mais probablement faut-il rappeler que le franquisme des origines est infiniment plus répressif et sanglant que le fascisme italien, à tout le moins. En réalité, le franquisme des années immédiatement postérieures à la guerre civile achève la contre-révolution entreprise depuis 1936, mais demeurée inachevée dans les territoires contrôlés jusqu’à leur défaite finale par les républicains.

Cette opération réactionnaire est pour une part une contre-réforme agraire, une remise en ordre violente des zones rurales collectivisées par les communistes ou les anarchistes. Elle se présente plus cruellement encore, d’autre part, comme une «solution finale» visant à l’élimination physique des militants ouvriers ou de gauche demeurés dans le pays. Dans cet esprit, on procède à 192 000 exécutions légales du 1er avril 1939 au 30 juin 1944, sans compter les assassinats perpétrés par tous ceux qui s’attribuent le droit de venir puiser leur contingent de victimes dans les prisons pendant les mois qui suivent la victoire. Prisons ou camps de concentration qui rassemblent des centaines de milliers d’ex-soldats loyalistes en 1940-1941, astreints ensuite à un long service expiatoire plutôt que militaire dans les unités disciplinaires de l’armée nationale.

Cette mise au pas sanglante de la classe ouvrière constitue bien l’essentiel, qui s’apparente à la répression de la Commune de Paris par les versaillais plutôt qu’au fascisme, et répond au vœu des grands propriétaires, des industriels, mais aussi d’une masse petite bourgeoise et paysanne qui assiste au spectacle avec une sorte de fascination satisfaite. Le fascisme est présent au travers de la Phalange, il est vrai, et celle-ci représente sans conteste le travestissement du régime à cette époque favorable aux puissances de l’Axe. Mais Franco tient la gageure de laisser l’Espagne en dehors de la guerre mondiale, en dépit des pressions germano-italiennes. Peu reconnaissant pour l’aide décisive reçue de 1936 à 1939, le Caudillo se contente de passer de la neutralité à la ... non-belligérance en juin 1940, pour revenir d’ailleurs à la neutralité en 1944, lorsque les choses se gâtent pour l’Allemagne. La gesticulation fasciste permet de temporiser, de démontrer vis-à-vis de l’Axe une fraternité oratoire. De surcroît, elle offre une issue aux aspirations généreuses de ceux des soutiens du régime qui se sentent l’âme plébéienne, à qui la répression anti-ouvrière peut répugner à la limite. Le secteur fasciste de la Phalange connaît alors sa période faste, où les militaires et les évêques eux-mêmes jugent bon de saluer le bras tendu, et où les «nationaux syndicalistes», comme Gerardo Salvador Merino, se voient déjà en rédempteurs d’une classe ouvrière convertie à un franquisme libéré des banquiers et de l’aristocratie latifundiaire.

Les catholiques au pouvoir; le pacte hispano-américain

Dès 1944, toutefois, la situation internationale évolue dans un sens peu conforme à ces orientations mollement totalitaires et furieusement réactionnaires. L’automne de la même année et le printemps de 1945 sont vécus par les Espagnols apeurés ou euphoriques comme une veillée d’armes précédant le départ inéluctable de Franco. Les républicains en exil se réorganisent, font pression sur les alliés pour obtenir une condamnation officielle de la dictature, qui n’est d’ailleurs prononcée qu’en 1946. De leur côté, les milieux conservateurs se détournent eux-mêmes du Caudillo, qu’il s’agisse des monarchistes ou de l’Église. Le Vatican, en particulier, prend l’initiative d’un contact avec les leaders du Parti socialiste, tandis que le primat d’Espagne, Mgr Pla i Deniel, requiert au nom de la «liberté chrétienne» une plus grande participation des citoyens au gouvernement du pays.

Le dictateur vilipendé répond à sa manière à cette objurgation. Dès juillet 1945, il fait promulguer une platonique déclaration des droits de l’homme dans la société franquiste, intitulée Charte des Espagnols . Il remanie parallèlement son gouvernement, en rendant plus discrète la place de la Phalange dans l’appareil du pouvoir, et surtout en faisant appel avec l’aval de l’épiscopat à des ministres issus de l’Action catholique. Cette mesure crée un temps l’illusion sur les velléités de libéralisation du régime.

Mais la dictature ne sera véritablement sauvée que par la guerre froide. Dès 1948, les États-Unis découvrent que la ferme autorité de Franco offre les meilleures garanties pour la stabilité politique de l’Espagne. Conviction qui débouche sur la signature des accords hispano-américains du 26 septembre 1953, véritable bouée de sauvetage pour l’économie en faillite et caution diplomatique quasi inespérée pour un gouvernement aux abois. De son côté, le Vatican était déjà sorti de ses tergiversations dans les semaines précédentes, avec la conclusion le 27 août d’un concordat constamment remis depuis 1938. L’Espagne franquiste reçoit presque dans le même temps l’onction occidentale et l’onction romaine.

Le franquisme du «miracle économique»

Vient cependant le moment où ce replâtrage ne suffit plus. Le fiasco économique menace encore au milieu des années cinquante. Même travesti en «gouvernement catholique», l’immobilisme total à l’intérieur devient impossible à maintenir. Le souvenir de la guerre civile s’estompant, la société espagnole bouge à nouveau, des cénacles d’intellectuels contestataires prennent vie, les grèves eeviennent chaque année plus fréquentes et plus étendues à partir de 1956, les étudiants envahissent les rues de Madrid et de Barcelone. Surtout, les Espagnols ne se satisfont plus des conditions de vie médiocres qui sont les leurs; ils aspirent à bénéficier au moins du bien-être matériel dont commencent à jouir les habitants des pays voisins.

Ayant épuisé et discrédité les équipes appelées par lui au pouvoir depuis 1939, le général Franco se tourne alors vers des hommes inconnus, techniciens réputés apolitiques mais supposés quelque peu libéraux, qui paraissent capables de procéder à la remise en marche économique du pays. La compétence professionnelle de ces nouveaux venus tranche avec l’amateurisme de leurs prédécesseurs. Ils présentent également la particularité d’être associés, abusivement ou non, à l’association catholique qu’est l’Opus Dei. Deux de ces «technocrates», imbus d’un catholicisme conservateur quant au fond mais modernisateur dans ses méthodes, entrent dans le cabinet constitué le 25 février 1957. Ils deviennent de plus en plus nombreux par la suite, étendant progressivement leur champ d’action du domaine économique au plan politique, au point que le gouvernement en place de 1969 à 1979 est qualifié de «monocolore technocratique».

Le programme appliqué par les ministres technocrates tend à modifier profondément l’orientation économique du régime sans en altérer les traits politiques. Il consiste à revenir totalement sur le système autarcique appliqué depuis 1939, à ouvrir l’Espagne aux investissements étrangers et à mettre fin au dirigisme d’État. Les résultats incontestablement positifs de ce revirement sont connus, et on a parlé à leur propos de «miracle économique espagnol». Effectivement, le caractère récent de la technologie importée en Espagne et le coût assez bas de sa main-d’œuvre créent un avantage comparatif qui permet au pays de réussir enfin sa révolution industrielle, plus encore que l’Italie ne l’avait fait après 1945. Les chiffres corroborent cette mutation, puisque l’indice de la production industrielle passe de 100 en 1962 à 379 en 1976, que le revenu par habitant s’élève du tiers du revenu français en 1954 à la moitié de celui-ci en 1976 également, et que la proportion des travailleurs agricoles diminue de 40 à 20 p. 100 de la population active au cours des quinze dernières années du franquisme.

5. Bilan de l’ère franquiste

Tel serait, quant au seul aspect matériel, le bilan de l’ère franquiste. Mais l’impact d’un bouleversement économique influe nécessairement sur la société environnante.

Des équilibres sociaux bouleversés

Aujourd’hui, les formes de consommation et les comportements urbains ne diffèrent plus guère à Madrid, Barcelone, Bilbao ou Valence de ce qu’ils sont à Paris, Milan ou Bruxelles. Au-delà, cette sorte de révolution passive qui coïncide avec les deux dernières décennies franquistes touche aussi les campagnes. Elle le fait d’abord d’une manière en quelque sorte physique, par le biais d’une migration rurale qui affecte un paysan sur quatre au cours de cette période. Elle le fait, encore, en vertu des conséquences globales de l’industrialisation. D’un côté, celle-ci n’est pas sans affecter l’agriculture elle-même, qui se «modernise» considérablement. De l’autre, l’industrialisation modifie de façon fondamentale l’équilibre général non seulement de l’économie, mais plus largement de la société dans son ensemble.

Le processus de développement que l’Espagne enregistre sous le franquisme donne le primat à la société industrielle et urbaine sur la société rurale. De la sorte, il réduit la dimension du problème agraire qui, d’obstacle primordial à l’alignement social et politique du pays sur les nations voisines, rétrograde au rang d’élément parmi d’autres de la spécificité espagnole, justiciable de solutions qui ne paraissent plus impliquer de cataclysme révolutionnaire. La réforme agraire cesse de se situer au cœur du débat politique. Parallèlement, ce processus de développement nivelle dans une certaine mesure les disparités économiques régionales, crée aux côtés de la Catalogne et du Pays basque d’autres pôles industriels parfois plus dynamiques et plus prospères que ces dernières provinces; ainsi à Madrid, Saragosse ou Valence. La revendication autonomiste ne disparaît pas pour autant, mais elle se pose désormais en d’autres termes, plus nettement politiques et culturels.

Le changement religieux

En outre, le changement de la société espagnole se manifeste au niveau des systèmes de valeurs. L’effet second de la mutation économique a sa part dans l’évolution des mentalités, mais l’influence de l’environnement européen joue tout autant. L’impact des mass media, l’exemple des touristes étrangers et l’expérience des émigrants font que le divorce, la contraception, la liberté sexuelle ou l’éducation permissive des jeunes deviennent des idées familières aux Espagnols. Les attitudes religieuses, surtout, subissent une transformation profonde à partir des années soixante. Le catholicisme a façonné l’identité des Espagnols pendant des siècles, provoquant en 1936 encore la dernière des «guerres de religion» en Europe. Or, la transformation du milieu catholique et sacerdotal aussi bien que l’impact du IIe concile du Vatican modifient de fond en comble le clivage entre cléricaux et anticléricaux et font que l’Église déserte à partir de 1969-1970 le camp de la droite autoritaire et du franquisme pour se ranger dans celui de l’opposition à la dictature.

La «planification» de l’après-franquisme

Dès lors, toute une série d’obstacles séculaires à la démocratisation de l’Espagne semblent reculer de façon simultanée, comme si la modernisation entreprise tardivement sous l’égide de Franco, à seule fin de consolider les assises du régime autoritaire, aboutissait en réalité à engendrer enfin les conditions, jamais réunies jusqu’alors, de la consolidation du suffrage universel. Soit bien entendu le ralliement de l’Église et des catholiques à la démocratie, mais aussi la dédramatisation déjà évoquée de la question agraire, l’atténuation considérable du clivage entre un pays central sous-développé et un pays périphérique riche, l’abandon aussi par les élites espagnoles de leur malthusianisme économique et l’apparition d’une classe dirigeante renouvelée, homologue de celle des autres pays d’Europe. Tous facteurs dont la signification politique doit s’interpréter surtout à deux niveaux. Au niveau populaire, ils contribuent à l’effondrement de la tradition anarchiste qui avait miné le destin politique espagnol jusqu’en 1936, à son remplacement par des courants socialistes ou communistes plus compatibles avec la consolidation d’un État démocratique. Au niveau des classes moyennes comme des groupes dirigeants, ils mettent un terme à l’assimilation de tout élargissement de la participation politique à l’effondrement d’une société policée, engendrent au contraire un début de conviction quant à la valeur stabilisatrice d’une formule démocratique reposant sur le consentement honnêtement recueilli de la population.

Artisan volontaire ou non de ce bouleversement du contexte politique de l’Espagne au cours de ses quinze dernières années, le régime franquiste est de surcroît – de par l’action directe de Franco – le planificateur, minutieux cette fois, de la transition pacifique et sans rupture vers l’après-franquisme. L’invention par le Caudillo d’une formule successorale monarchique, aboutissant à la désignation du prince Juan Carlos comme son héritier, apparaissait anachronique et factice en son temps. Elle a assuré en fait la naissance d’un régime démocratique civil en Espagne, qui n’aurait probablement pas vu le jour ou pas duré plus de quelques mois sans la présence d’un roi respecté par l’armée. Reste, toutefois, que, lorsque le général Franco meurt le 20 novembre 1975, il ne lègue pas seulement un arbitre royal mais potentiellement démocratique à l’Espagne. Il lui laisse aussi l’armée, qui demeure la dernière des forces relevant de l’ancienne fatalité autoritaire espagnole, à moins d’y ajouter la sinistre violence séparatiste des Basques, renforcée peut-être par la répression franquiste.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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